Malbec & Torrontés, deux vins argentins en France, vision d’une Argentine

by Natalia Monastersky-Leston | Paris Divin, Paris

Nous, les Argentins, sommes fiers de nos vins et aimons que les gens nous reconnaissent pour notre traditionnel « Malbec ». Mais le Malbec est un cépage d’origine française. Il paraît que ce nom provient d’un immigré hongrois, qui l’a planté il y a plusieurs siècles, notamment à Cahors, région dominante du sud-ouest au Moyen Âge, puis à Bordeaux, où jusqu’au milieu du 19e siècle, il était le cépage le plus répandu.

L’Argentine, pays référent du Malbec

En Argentine, Miguel Pouget, un agronome français, fut chargé par le président argentin Sarmiento, de bâtir une industrie viticole florissante. Le Malbec fut planté à Mendoza, au pied des Andes. Ce raisin prospéra sur notre sol et dans notre climat. Les vignerons argentins l’ont aimé plus que tous les autres cépages français.

En ces mêmes temps, Cahors et Bordeaux étaient durement frappés par la grande peste du vin français, le phylloxera, qui anéantit plus de 40% du vignoble français au milieu du 19e siècle. La longue et riche histoire de la vinification à Cahors diminua progressivement, ainsi que les plantations de Malbec. Les vignerons bordelais en profitèrent pour le remplacer par d’autres variétés, comme le Cabernet Franc, le Cabernet Sauvignon et le Merlot. Actuellement, bien que Bordeaux utilise encore du Malbec dans ses vins, il est rare de trouver plus de 1% de ce cépage.

En Argentine, ce n’est qu’à la fin du 20e siècle que les vins commencèrent à être produits pour l’exportation, et maintenant le pays est reconnu dans le monde entier pour produire de grandes quantités de Malbec dans une large gamme de prix. L’Argentine est reconnue comme le référent du Malbec et compte plus de 76 000 hectares de vignes de Malbec. Il faut savoir aussi qu’il y a des très bons malbecs à Cahors avec de vieilles vignes, mais mon objectif est de vous faire connaître le Malbec de mon pays d’origine…

Le Malbec argentin se trouve principalement à Mendoza, principale région vitivinicole du pays : Maipù, la valle d’Uco et Lujàn de Cuyo forment ce que l’on appelle la Route des Vins de Mendoza. Ce raisin est cependant également présent à Salta, La Rioja, San Juan et en Patagonie. 

Aujourd’hui, le Malbec a sa journée internationale le 17 avril, en commémoration du 17 avril 1853, début de son implantation en Argentine.

Comment reconnaître le Malbec ?

Cette grappe a une couleur très sombre. Lorsque vous la goûterez, vous sentirez les arômes vous rappelant les fruits rouges (la cerise, la fraise, la prune), les fruits secs (le raisin sec) mais aussi le piment noir. Si le vin vieillit dans un tonneau en chêne, vous sentirez des arômes de chocolat, de café et de vanille. La mise en bouche vous donnera une sensation « sucrée, chaude et douce ». Les mets pour profiter d’un bon Malbec argentin sont la viande rouge grillée, les fromages durs ou des pâtes avec de la sauce bolognaise.

grappe de Malbec cépage argentin
Grappes de Malbec

Le Torrontés, porte-étendard des vins blancs en Argentine

Un autre cépage moins connu mais typique, surtout en altitude à Salta, La Rioja et San Juan, est le Torrontés. Ce raisin est également présent à Mendoza. Il s’agit d’un cépage blanc, introduit par les Jésuites lors de la colonisation espagnole. Ils auraient introduit des plants de Muscat d’Alexandrie dans le domaine de l’école Notre-Dame du Bon Voyage dans la région de Mendoza. Depuis cette zone, le cépage Torrontés se répandra dans toute la région.

Au cours du 18e siècle, il se serait croisé avec la Criolla Chica dans la région de Mendoza pour former le Torrontés. Le Torrontés peut être considéré comme le seul cépage autochtone du vin argentin, on le trouve de la province de Salta à celle de Rio Negro. Ce cépage est désormais le porte-étendard des vins blancs en Argentine.

Le point de vue de Natalia Monastersky-Leston sur les vins argentins en France

Maintenant que je vous ai parlé d’un peu d’histoire, de géographie et des caractéristiques générales du Malbec, j’aimerais vous partager mon point de vue sur le marché des vins Argentins en France, et en tous les cas, de mon expérience !

Nous sommes arrivés il y a 20 ans pour faire nos études et, à ce moment-là, nous avions déjà de temps en temps le « mal du pays ». Je me suis proposée de trouver des produits argentins pour avoir l’impression d’être chez moi, près de ma famille et de mes proches.

Je suis d’abord allée dans les grandes surfaces (j’étais étudiante et les caves étaient hors de mon budget). Dans les supermarchés du début des années 2000 on ne trouvait pas facilement de vins argentins, donc je me rendais auprès de chaînes connues de cavistes, moins chères selon mon idée, demander. A ma grande surprise, je n’ai trouvé ni bons Malbec ni Torrontés.. Une fois autour de 2007, j’ai trouvé un vin argentin générique, pas d’un vignoble réputé ni connu. Il n’était pas bon… ! J’ai demandé à ma famille et à mes amis de m’en rapporter comme cadeau lors de leurs visites et pendant des années j’ai vécu comme ça.. Lors de mes voyages, j’ai pu trouver ces vins à New York, en Espagne, mais toujours pas en France. Je ne comprenais pas pourquoi ?!! Oui, en fait, je sais que le meilleur vin du monde est français !

La gastronomie française est un luxe et j’ai la chance de pouvoir déguster de temps à autre de très bons plats avec des merveilleux vins rouges ou blancs français. J’ai vécu aussi à Lyon, où j’ai respiré cette culture gastronomique pendant 7 ans ! Je comprends tout cela, mais si vous aviez envie d’ailleurs, de voyage, d’exotisme, vous pourriez de temps en temps vous permettre un écart, n’est-ce pas ? Plus tard, j’ai connu des expatriés qui me parlaient de la même envie de retrouver les vins de leurs pays en France et pour les mêmes raisons que moi.

Avec mon mari, on s’était dit que c’était une bonne idée de pouvoir trouver différents importateurs de vins argentins et de regrouper une belle sélection parmi nos autres vins internationaux et français dans une cave à vins. C’était aussi l’occasion d’inviter nos amis à découvrir nos produits et les partager avec eux de manière conviviale. C’est une des raisons pour laquelle mon mari et moi avons eu envie de développer nos connaissances sur les vins et d’ouvrir une cave. L’objectif était de montrer que même si on n’est pas experts ou connaisseurs, on peut apprécier le vin français et surtout les mets et vins.

L’idée aussi était de ne pas juger les gens qui ne s’y connaissaient pas dans le monde du vin, ne pas donner des leçons mais de donner envie : envie du partage, de convivialité, de voyage, raconter des histoires et de se sentir un peu partie de notre pays. Sans aucune prétention, sans être experts, seulement avec des diplômes qualifiants de base, nous nous sommes lancés avec le cœur.

Malbec, convivialité et partage
Le Malbec, vin argentin de convivialité et de partage

Les réactions, il y a 3 ans quand nous avons ouvert notre cave à vins « Paris Divin » étaient diverses et variées : des gens très curieux avec soif de découvertes, d’autres plus critiques, d’autres à qui on a fait rappeler des souvenirs de jeunesse, des voyages initiatiques lors de la fin de leurs études ou lors de leur jeune âge, des copines ou copains argentins… enfin, personne n’était indifférent. Aussi, nous avons trouvé des défenseurs du vin français avec aucune envie de déguster autre chose, donc nous avons respecté leurs souhaits… (on a aussi du vin français !).

De nos débuts fin 2017 jusqu’à maintenant, nous constatons que les personnes s’y intéressent de plus en plus et que les connaissances en vin argentin s’améliorent ! Initialement, il y avait quelques restaurants argentins avec cave, mais peu de caves avec une belle sélection des vins argentins. Maintenant il y en a de plus en plus, et l’offre en ligne augmente sans fin. Je trouve cela dommage, car le partage des histoires, la conversation et l’échange avec un local est plus riche qu’ un clic sur l’ordinateur… mais je suis aussi quelqu’un qui préfère voir mes amis, lire un livre et choisir mes fruits et légumes au supermarché ! Le monde du vin évolue et il faut savoir s’adapter, sans oublier le plaisir du partage et les bases ! C’est seulement le point de vue d’une caviste Argentine à Paris