Redécouvrir le Madiran et le cépage tannat

by Nicolas RIMOUX, caviste à Lyon | La Vigne & la Table

Le Madiran se base principalement sur un encépagement de 60 à 80% de tannat assemblé de cabernet sauvignon, cabernet franc ou encore fer servadou. Mais Madiran, c’est avant tout une appellation qui se dit plantée sur un terroir spécifique gascon : sols argilo-calcaires, argilo-siliceux et galets roulés provenant dans tous les cas des Pyrénées et de leurs érosion au fil du temps.

Longtemps connu pour son caractère puissant, charpenté et rustique, le vin de Madiran connaît désormais un renouveau et joue sur un registre de fraîcheur et d’élégance pour devenir un vin de plaisir à consommer aussi bien à l’apéritif qu’en toutes autres circonstances festives. Finie l’association au cassoulet et bonjour la découverte ! Aujourd’hui ce sont près de 200 viticulteurs qui travaillent au à faire de Madiran une appellation évidente.

Le Madiran, un vin reconnu depuis longtemps

Le Madiran reste encore une appellation atypique partagée entre trois grands départements français aux accents tout gascon : le Gers, les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques. Une appellation qui se dit donc toute gasconne s’étendant sur près de 1700 hectares. Son vignoble se partage aussi avec une seconde appellation toute régionale : le Pacherenc-du-Vic-Bilh.

Son histoire le remonte aux moines de Marcilhac et aux moines bénédictins. Il était déjà très apprécié des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle qui vont démocratiser et populariser ce vin. On retrouve même des écrits de François 1er au XV siècle caractérisant ce breuvage de « vin de seigneurs qui se conserve fort bien ».

Ce vin rouge se base principalement sur un encépagement de 60 à 80% de tannat assemblé de cabernet sauvignon, cabernet franc ou encore fer servadou. Mais Madiran, c’est avant tout une appellation qui se dit plantée sur un terroir spécifique gascon : sols argilo-calcaires, argilo-siliceux et galets roulés provenant dans tous les cas des Pyrénées et de leurs érosion au fil du temps.

Le madiran, un vin issu majoritairement du cépage Tannat

Le tannat est véritablement le cépage caractéristique de l’appellation. En effet, il s’est vraiment acclimaté à la région en étant un cépage tardif. Il a besoin d’un été très long et ensoleillé mais également d’automne doux et sec pour arriver à pleine maturité. Sur des terroirs riches et frais, il donne des cuvées expressives et gourmandes sur des notes de mûre ou de cerise. Sur des sols pauvres et ensoleillés, les cuvées sont alors plus puissantes et concentrées. Sa peau épaisse lui confère puissance aromatique et tannins faisant de lui un vin de longue garde.

Charpente et puissance ? ou soyeux et caresse ? 

À la dégustation, les vins de Madiran proposent des robes « noires » à reflets violacés. Leur nez s’ouvre sur des parfums de fruits noirs mûrs, de framboise, voire de crème de cassis. En cas de vinification avec cuvaison courte, le Madiran s’avère souple, frais et fruité. Il est alors destiné à être bu dans sa jeunesse. Néanmoins, la plupart des Madiran sont destinés à la garde avec un élevage en barrique permettant d’arrondir les tanins et de développer les arômes d’épices, de fruits noirs cuits et de pain grillé.

Dans tous les cas, le Madiran offre une bouche charnue tout en fruit ainsi qu’une grande suavité. Pour le résumé : un vin de caractère, fruité, gourmand et légèrement épicé !

Avec quel plat déguster un Madiran ? 

Associé dans l’inconscient de tous au fameux cassoulet du Sud-Ouest ou aux viandes rouges grillées, ce vin se veut en fait un allié de vos repas de l’apéro jusqu’au dessert en fonction de sa vinification. 

Il fera effectivement un accord idéal avec les viandes rouges grillées ou rôties du fait de ses tanins. Son alliance régionale au cassoulet pourra être étendue aux spécialités orientales de type curry de légumes, tajine aux pruneaux, bœuf épicé, etc.

Quant aux Madiran les plus souples, ils pourront accompagner à merveille de la volaille, du lapin ou des viandes blanches (sans sauce crémée). Enfin, pensez à ouvrir une bouteille également sur un dessert chocolaté car ce vin s’harmonisera à merveille avec le chocolat et notamment le cacao.

Une nouvelle ère pour le Madiran ? 

Le renouveau se traduit par la démarche des vignerons indépendants de la région développant une démarche de plus en plus qualitative, tout en entamant la conversion des vignobles vers l’agriculture biologique et en conservant l’identité forte du cépage star : le tannat. Il s’agit désormais de maîtriser la générosité de ce cépage en vendangeant à juste maturité, en réalisant des cuvaisons plus courtes et des extractions plus douces tout en soignant les phases d’élevage. 

Mon coup de cœur : Madiran Cuvée Tradition – Domaine Sergent 

La cuvée Tradition du domaine Sergent est mon premier choix avec un vin au nez frais sur des arômes de fruits noirs, cassis, mûre, soutenus par quelques notes épicées et réglissées. Sa bouche est ronde et charnue avec des tannins fins et soyeux. Je recommande de l’associer avec un joli couscous royal ! Une autre cuvée intéressante à découvrir : Les Noyers en 100% tannat qui s’avère généreuse et puissante mais toute en finesse et très digeste.

Le Domaine Sergent est géré par deux sœurs : Brigitte et Corinne Dusseaux qui exploitent avec brio près de 21 hectares de parcelles sur coteaux exposées plein Sud. Un travail qui cherche à refléter l’authenticité des cépages et du terroir. Le domaine travaille également en appellation Pacherenc-du-Vic-Bihl avec la particularité de le vinifier en « sec » à partir des cépages petit et gros manseng présentant ainsi une typicité sur la fraîcheur et du gras en attaque. 

Merci à Nicolas pour le partage de ce coup de cœur et si vous souhaitez vous rendre dans sa cave La Vigne & la Table, c’est par ici