Mon Caviste, raconte-moi une histoire…

by Stanislas Kindroz, blogueur et narrateur whisky | @unpeudedramaturgie

Pour la bienséance, un premier écrit est toujours plus élégant lorsqu’il s’accompagne d’une présentation. Je m’appelle Stanislas, je suis passionné de whisky et je tiens le compte Instagram @unpeudedramaturgie, qui est un itinéraire écrit de mes découvertes. Je fréquentais les tribunes du Stade Rennais quand cela était encore possible, alors lorsque l’on m’a proposé une tribune libre pour évoquer ma passion sur Bottl., j’ai dit oui tout de suite. Bonne lecture !

J’aime les titres qui flirtent entre le jeu de mot et la référence. J’aimais bien Père Castor quand j’étais petit. Et j’aimais bien l’idée de mettre un C majuscule à « caviste » dans le titre de cet article. C’est bien une tribune libre, non ?

Pour lancer un écrit, un joli titre fait toujours son effet. Notamment parce qu’en général, l’œil du lecteur est attrapé. Néanmoins, un joli titre ne fait pas forcément un bon titre. Il faut également que le titre soit énonciateur du contenu qui va suivre.

Vous jugerez par vous-même.

Un questionnement comme introduction

L’idée de cet article m’est apparue lors d’une réflexion sur mes habitudes de consommation. Je suis un très grand amateur de whisky, et je commande en moyenne 1 à 2 bouteilles par mois. Vous l’aurez remarqué, j’ai écrit  » je commande », et non « j’achète ». Je plaide coupable : j’achète 99 % de mes bouteilles en ligne, sur des sites spécialisés. Certains d’entre vous estimeront peut-être qu’il n’y a pas besoin de plaider coupable. Mais si, j’insiste. J’aimerais acheter 99 % de mes bouteilles chez mon caviste. En plus, j’adore le caviste qui se situe juste à côté de chez moi. J’y vais même souvent.

Là, je vous ai perdu. J’ai écrit il y a quatre lignes que je n’achète jamais de whisky chez mon caviste. Pourtant, j’avoue tout de même m’y rendre.

En réalité, j’y vais surtout pour acheter une bonne bouteille de vin ou une bonne bouteille de bière à partager entre copains. Mais, pour entretenir ma passion maltée, j’y vais beaucoup moins. J’avoue que je suis parfois jaloux, quand je vois certains autres amateurs ne se fournir que chez leur caviste, en direct.

La passion modifie les attentes

Alors diantre, pourquoi n’y vais-je pas plus souvent ?

Tout simplement, parce que c’est une question d’attente. Quand je vais chercher une bouteille de vin, les explications sur la région, l’appellation, le cépage et l’accord avec un plat me suffisent amplement. Cela me permet d’avoir une idée précise de la bouteille que j’achète, tout en pouvant répéter aisément les caractéristiques de la bouteille en question aux copains.

Pour le whisky, l’optique est différente. Déjà, j’ai acquis plus de connaissances sur le whisky que sur le vin. Donc, les caractéristiques principales d’un scotch ou d’un bourbon, bien généralement, je les connais. Cela peut paraître prétentieux, mais ce n’est pas l’idée. L’idée est plutôt d’avancer que, la passion – lorsqu’elle est sincère – engendre la connaissance.

collection de whisky chez le caviste

Donc, les informations principales du produit ne m’intéressent guère lorsque je me rends chez un caviste. Par ailleurs, pour en avoir parlé avec d’autres amateurs, certains d’entre eux ne mettent plus les pieds dans une cave. Ils estiment avoir acquis des connaissances au moins équivalentes à celles d’un caviste, et ils ne voient donc plus la valeur ajoutée du conseil.

Alors, qu’est-ce qui me ferait revenir chez un caviste ? Le fait qu’il y ait une offre de whiskies incroyable, tant en qualité qu’en quantité ?

Cela pourrait aider, mais l’offre est loin d’être l’élément principal ou décisif qui m’amène à pousser les portes d’une cave pour y acheter du whisky.

Je vais faire durer un peu le suspense. De toute façon, si vous avez lu le début de cet article, vous avez déjà une petite idée du dénouement qui va suivre.

Des histoires à raconter

Finalement, ce que j’aime dans le whisky, ce sont les histoires. J’adore en écrire, comme je le fais sur Instagram avec @unpeudedramaturgie, mais j’adore aussi en lire, et surtout en entendre.

Il y a quelques semaines, je me suis rendu à La Maison du Whisky lors d’un week-end parisien. Pour un amateur de whisky, on fait difficilement mieux comme lieu iconique pour acheter du whisky. Entre la salle principale, la salle des Collectors, puis l’Islay Room, il y bien plus de whisky qu’il n’en faut pour éblouir vos iris.

Mais ce n’est pas ce que je préfère à La Maison du Whisky. Quand j’y suis allé, mon vrai plaisir (enfin, mon plaisir ultime), c’est d’avoir discuté avec Jean-Marc Bellier, le directeur de la boutique et l’une des plus belles plumes trempées dans le malt.

Avec l’ami qui m’a accompagné à la boutique, on a même attendu plus d’une demi-heure que Jean-Marc ait fini avec un client pour qu’il puisse nous conseiller. Enfin, nous conseiller… Jean-Marc est plus un narrateur qu’un conseiller. Vous lui parlez du Caol Ila 2012 de la collection Plume, il va vous parler du fût de Ledaig dégusté par Thierry Benitah en 1995 lors de l’inauguration d’Arran, et qui sera la genèse de cette collection. Vous lui parlez de Glenfarclas, il vous conte l’histoire de ce belge dont il a oublié le nom – et moi aussi, du coup – qui connaît Glenfarclas sur le bout des doigts, et qui possède même des fûts à la distillerie. Il va vous raconter les whiskies exceptionnels, planqués sous une table qu’il a dégustés sur des salons, et que vous n’aurez sûrement jamais la chance de déguster, ni même de fleurer.

Quand la narration épouse le conseil

Je suis reparti de la boutique avec un Jura embouteillé par Hidden Spirits. Mais je ne suis pas reparti qu’avec cela. J’avais des étoiles dans les yeux en entrant dans la boutique, et elles s’étaient démultipliées quand j’en suis sorti. Mes yeux avaient voyagé au(x) pays du whisky, et mon cœur avait voyagé dans les récits de Jean-Marc. Nous n’avons parlé que pendant une seule minute du Jura que j’ai acheté, mais l’essentiel était ailleurs. Ce que l’on m’a donné supplantait allègrement ce que l’on m’a vendu. Et encore, j’avais déjà repéré cette bouteille avant mon week-end parisien.

D’ailleurs, je repense pendant l’écriture à la route des vins que j’ai effectuée avec mes parents en 2019 en Bourgogne. A chaque fois que nous nous rendions chez un vigneron, ou chez un caviste, un livre s’ouvrait. Ce fut certainement l’un de mes meilleurs séjours. Et au passage, qu’est-ce que c’est bon le Monthélie (surtout en blanc).

Donc, chers cavistes, si jamais vous me lisez, ouvrez votre livre, prenez votre plume et embarquez-nous. Je suis sûr que vous avez une rencontre avec un vigneron, un voyage dans une distillerie, ou une dégustation d’anthologie à nous raconter. Nous, amateurs de vins et spiritueux, on peut certes avoir des connaissances qui effleurent les vôtres, mais en tant que professionnel vous avez un rapport avec votre passion qui est différent de celui que nous entretenons nous, en tant que simples amateurs.

Et quand vous nous transmettez votre passion, c’est magique.

Stéphane, si jamais tu tombes sur cet article, je passerai bientôt acheter des chips de sarrasin et une bonne bouteille de vin.

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