﻿{"id":4390,"date":"2022-05-05T11:16:57","date_gmt":"2022-05-05T09:16:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/?p=4390"},"modified":"2022-06-13T16:52:46","modified_gmt":"2022-06-13T14:52:46","slug":"histoire-de-la-liqueur-chartreuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/histoire-de-la-liqueur-chartreuse\/","title":{"rendered":"Entretien avec Louis Thouvard, petit-fils de celui qui a sauv\u00e9 la Chartreuse il y a 100 ans."},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Echange avec Vincent Clab\u00e9-Navarre, fondateur de Bottl.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est au d\u00e9tour d&rsquo;une discussion de trottoir que je rencontre Louis Thouvard, \u00e2g\u00e9 de 89 ans aujourd&rsquo;hui. Il me demande les raisons de mon installation \u00e0 Biarritz il y a 10 ans. Je lui parle alors de ma relance de la liqueur basque Izarra, et soudain la discussion s&#8217;emballe et je comprends que je dois le revoir rapidement. Quelques jours plus tard, me voici chez Louis Thouvard \u00e0 Biarritz pour m&rsquo;entretenir avec lui sur la Chartreuse, cette fameuse liqueur alpine des P\u00e8res Chartreux. Il en a gros sur la patate. La derni\u00e8re version historique de la Chartreuse, publi\u00e9e par l&rsquo;entreprise, ne fait aucune mention de son grand-p\u00e8re ni de son oncle, \u00ab\u00a0sauveurs de la Chartreuse\u00a0\u00bb il y a 100 ans. Contexte et r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<h2>Louis Thouvard m&rsquo;accueille avec une Chartreuse VEP mise en cave en 1975. <\/h2>\n\n\n\n<p>Pour \u00eatre honn\u00eate, il est 15 heures, je ne suis pas s\u00fbr d&rsquo;en vouloir, mais c&rsquo;est impossible de refuser. Et c&rsquo;est un choc.  La Chartreuse VEP se boit comme un \u00ab\u00a0bonbon\u00a0\u00bb. Sa puissance est arrondie dans tous ses angles par une rondeur en bouche gourmande qui appelle une autre gorg\u00e9e. Parfait pour d\u00e9marrer notre \u00e9change.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img width=\"1024\" height=\"670\" src=\"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Chartreuse-VEP-1975-x-Bottl.-1024x670.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4400\" srcset=\"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Chartreuse-VEP-1975-x-Bottl.-1024x670.png 1024w, https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Chartreuse-VEP-1975-x-Bottl.-300x196.png 300w, https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Chartreuse-VEP-1975-x-Bottl.-768x502.png 768w, https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Chartreuse-VEP-1975-x-Bottl.-360x235.png 360w, https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Chartreuse-VEP-1975-x-Bottl..png 1376w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2>En 1903, les P\u00e8res Chartreux sont expuls\u00e9s manu militari de leur monast\u00e8re.<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Les lois Waldeck-Rousseau et Combes.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la loi Waldeck-Rousseau de 1901, qui cherche \u00e0 trouver une fa\u00e7on de coop\u00e9rer avec les congr\u00e9gations religieuses enseignantes, c&rsquo;est en 1903 avec Emile Combes, le pr\u00e9sident du Conseil (l&rsquo;\u00e9quivalent du Premier Ministre) que les choses se corsent. Combes rentre dans une d\u00e9marche  militante \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;Eglise, des congr\u00e9gations religieuses et des \u00e9coles chr\u00e9tiennes. A ce titre, il va r\u00e9ussir \u00e0 supprimer plus de 25 congr\u00e9gations enseignantes, soient pr\u00e8s de 1 700 maisons et 12 000 religieux. Wikip\u00e9dia parle m\u00eame de 3 000 \u00e9coles supprim\u00e9es. C&rsquo;est une campagne d&rsquo;\u00e9radication de la pr\u00e9sence de l&rsquo;Eglise dans l&rsquo;enseignement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;expulsion par les armes.<\/strong> Dans ce contexte dur pour les congr\u00e9gations, l&rsquo;ordre Cartusien (des Chartreux) est lui aussi touch\u00e9, et rien n&rsquo;y fait malgr\u00e9 le soutien tr\u00e8s fort de la population et de certains hommes politiques. Par 322 voix \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s contre 222, la demande d&rsquo;autorisation du monast\u00e8re des Chartreux de rester actif est rejet\u00e9e. Le refus d&rsquo;obtemp\u00e9rer des moines conduisit le 2\u00e8me bataillon du 140\u00e8me r\u00e9giment \u00e0 quitter Chamb\u00e9ry et prendre le Monast\u00e8re par la force. Les moines furent \u00ab\u00a0accompagn\u00e9s\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 Modane en Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Les for\u00eats, les b\u00e2timents, la liqueur et les autres biens mat\u00e9riels ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s et revendus, sauf les b\u00e2timents.\u00a0\u00bb  Les b\u00e2timents, d\u00e8s 1912, inutilis\u00e9s, non entretenus, mena\u00e7aient d\u00e9j\u00e0 de ruine, quant \u00e0 la<strong> Liqueur Chartreuse, elle est rachet\u00e9e \u00e0 vil prix en 1906 par le liquoriste Cusenier<\/strong> au liquidateur Lecouturier, qui n&rsquo;acquiert cependant pas la recette, disparue avec les moines. Lire cet article historique dans <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/libe-3-metro\/1995\/03\/11\/ephemeride-jean-jaures-et-la-chartreuse_127412\/\">Lib\u00e9ration<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Louis, que retenez-vous de cette p\u00e9riode ?<\/strong> Les Chartreux ont \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s parce que la France \u00e9tait aux mains de Francs-Ma\u00e7ons , un cartel des gauches, remont\u00e9s contre les institutions religieuses qui pourtant avaient tout fait pour la France, et notamment \u00e9rig\u00e9 nombres d&rsquo;h\u00f4pitaux et d&rsquo;\u00e9coles. Ils ont fait des faux documents pour obtenir de l&rsquo;assembl\u00e9e qu&rsquo;elle vote ces lois et qu&rsquo;elle expulse les ordres religieux. L&rsquo;arm\u00e9e a sorti les religieux par la force. Ce qu&rsquo;ils ont fait est ignoble. Et la liqueur rachet\u00e9e par Cusenier est devenue imbuvable. Sale p\u00e9riode !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2>Henri Thouvard et son gendre Blaise rentrent dans la danse<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Zoom sur<\/strong> <strong>Henri Thouvard, un homme de la pap\u00e8terie savoyarde.<\/strong> En 1905, Henri Thouvard rencontre Jules Blanchet dans un train, de la famille des Blanchet, grands industriels rivois. Quelques semaines plus tard, Henri Thouvard cr\u00e9e sous l&rsquo;\u00e9gide des Blanchet une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;exploitation de la pap\u00e8terie de Guiers (Moulin Neuf) avec un certain Ren\u00e9 Delafon, ami des Blanchet, puis ach\u00e8tent un second moulin aux Echelles en Savoie, et lou\u00e8rent une troisi\u00e8me pap\u00e8terie \u00e0 Saint Rambert en Bugey. Fan de technique, Thouvard constitue de son c\u00f4t\u00e9 une r\u00e2perie \u00e0 bois permettant de cr\u00e9er de la p\u00e2te \u00e0 papier. C&rsquo;est un patron social catholique, \u00e9nergique et rassembleur. C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;il c\u00f4toit de tr\u00e8s pr\u00e8s les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 locale dont les pr\u00eatres, en tant que la\u00efc et d&rsquo;\u00e9lu local.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Ligue Catholique du Dauphin\u00e9.<\/strong>  Ce sont Henri Thouvard et Louis Bonnet-Eymard, les deux grands-p\u00e8res de Louis Thouvard que j&rsquo;interroge, qui d\u00e9cident dans ces m\u00eames ann\u00e9es de cr\u00e9er la Ligue Catholique du Dauphin\u00e9, un \u00ab\u00a0organe civil avec un esprit religieux\u00a0\u00bb avec un objectif en t\u00eate : remettre en route le monast\u00e8re de la Chartreuse. Aid\u00e9 par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque en place, ils d\u00e9cident de \u00ab\u00a0refaire l&rsquo;opinion\u00a0\u00bb afin que ce soit le peuple qui demande le retour des Chartreux. Ils cr\u00e9ent alors les allocations familiales, des cong\u00e9s, rassemblent des milliers d&rsquo;ouvriers dans la rue pour protester, cr\u00e9ent une presse locale forte pour peser sur les politiques. Sans r\u00e9sultat imm\u00e9diat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Henri Thouvard devient Pr\u00e9sident de La Chartreuse et Jean Blaise Directeur G\u00e9n\u00e9ral.<\/strong> Pourtant, s&rsquo;ils ne parviennent pas \u00e0 faire revenir les moines, ils r\u00e9ussissent \u00e0 racheter \u00e0 Cusenier en 1929 les droits de la Chartreuse pour le compte des moines. En effet, Cusenier &#8211; ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;exploitation de la Chartreuse appel\u00e9e Compagnie Fermi\u00e8re de la Grande Chartreuse&#8230; &#8211; ayant fait faillite \u00e0 cause de sa Chartreuse \u00ab\u00a0imbuvable\u00a0\u00bb. Ce sont donc Henri Thouvard, et surtout son gendre polytechnicien Jean Blaise, qu&rsquo;Henri d\u00e9tourne d&rsquo;un avenir prometteur dans les Chemins de Fer, qui prennent les commandes du navire et font venir de l&rsquo;\u00e9tranger et secr\u00e8tement les moines d\u00e9tenteurs de la recette afin de pouvoir red\u00e9marrer l&rsquo;affaire dans les meilleures conditions. A l&rsquo;\u00e9poque, ils sont en contact direct avec le Prieur Don Ferdinand Vidal, responsable des moines en exil.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Louis, un mot ? <\/strong>Oui, mon grand-p\u00e8re et mon oncle se sont battus pour le retour de la Chartreuse. Ils se sont entour\u00e9s et on \u00e9t\u00e9 assez nombreux \u00e0 pousser pour le retour des Chartreux. Mais s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas eu de succ\u00e8s avec le retour souhait\u00e9 des moines, ils n&rsquo;ont pas baiss\u00e9 la garde et ont tout de m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 remettre la main sur les droits de la liqueur en France afin de reconstituer pas \u00e0 pas ce qui pouvait l&rsquo;\u00eatre. Et cela devint le succ\u00e8s que nous connaissons aujourd&rsquo;hui.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2>La r\u00e9surrection de la liqueur Chartreuse <\/h2>\n\n\n\n<p><strong>La Chartreuse se red\u00e9veloppe<\/strong>. Pendant plus de 30 ans, Jean Blaise est en premi\u00e8re ligne et dirige la Chartreuse, d&rsquo;abord seul, pendant dix ans,  puis avec les moines Chartreux qui rentrent d&rsquo;exil en 1940. Il est exactement \u00ab\u00a0Directeur G\u00e9n\u00e9ral de La Compagnie Fran\u00e7aise de la Grande Chartreuse\u00a0\u00bb. Il b\u00e2tit le succ\u00e8s de la liqueur alpine et la d\u00e9ploie \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger dans plusieurs dizaines de pays. Jean Blaise devient d&rsquo;ailleurs Chevalier de la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur et conseiller du commerce ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s Louis Thouvard, dans les ann\u00e9es 1960, Thouvard et Blaise sont sortis sans tact par les P\u00e8res Chartreux. Pourquoi ? \u00ab\u00a0C&rsquo;est une histoire de moines\u00a0\u00bb, auraient r\u00e9pondu les moines Chartreux \u00e0 ce moment-l\u00e0 aux deux dirigeants. Difficile d&rsquo;en savoir plus, mais \u00ab\u00a0force est de constater que c&rsquo;est un Delafon qui prend alors rapidement la main de ce qui devient en 1970 \u00ab\u00a0Chartreuse Diffusion\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb compl\u00e8te Louis Thouvard. \u00ab\u00a0Mais je ne sais pas s&rsquo;il y a un sujet de cause \u00e0 effet.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Chartreuse serait en train de les oublier.<\/strong> \u00ab\u00a0Est-ce \u00e0 cause des diff\u00e9rends historiques li\u00e9s aux affaires des pap\u00e8teries de mon grand-p\u00e8re que Delafon n&rsquo;\u00e9voque m\u00eame plus Henri Thouvard et Jean Blaise dans l&rsquo;histoire de la liqueur qu&rsquo;ils exploitent? Je ne sais pas, mais je constate un effacement, l&rsquo;effacement de ceux qui ont ressuscit\u00e9 la Chartreuse et qui l&rsquo;ont red\u00e9velopp\u00e9e dans le monde.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Je souris. Je lui dis tout bas : \u00ab\u00a0vous savez, moi aussi j&rsquo;ai disparu de la nouvelle histoire d&rsquo;Izarra que j&rsquo;ai relanc\u00e9e. Les marques doivent probablement effacer les hommes. Finalement, nous ne sommes jamais grand chose. Ce qui est grand est ailleurs.\u00a0\u00bb Il sourit \u00e0 son tour et me ressert la VEP.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous avez \u00e9t\u00e9 int\u00e9ress\u00e9s? Voici un <a href=\"https:\/\/pleasurewine.com\/fr\/blog\/4_histoire-de-la-chartreuse-2.html\" class=\"rank-math-link\">article<\/a> sur ce sujet qui nous a paru tr\u00e8s clair et que nous recommandons vivement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rencontre avec le petit-fils de celui a sauv\u00e9 la Chartreuse.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4405,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"amp_status":""},"categories":[6,2],"tags":[46,47],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4390"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4390"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4390\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4412,"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4390\/revisions\/4412"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4405"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4390"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4390"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bottl.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4390"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}